Comment économiser l’eau pour arroser son jardin : 12 gestes

arrosage et economie d'eau

Arroser 100 m² de pelouse deux fois par semaine pendant un été, c’est 36 à 48 m³ d’eau. Au prix moyen de 4,69 € TTC le m³ relevé par l’Observatoire des services d’eau au 1er janvier 2024, cela fait 170 à 225 € pour un simple carré de gazon. Ajoutez des arrêtés sécheresse qui reviennent presque chaque été : l’eau du jardin se gère désormais comme un budget.

Ce calcul part d’un repère courant, 15 à 20 litres par m² et par arrosage pour une pelouse en été. Il montre surtout une chose : le gaspillage tient moins à la quantité qu’à la façon d’apporter l’eau. Au mauvais moment, au mauvais endroit, sur un sol qui ne la retient pas, une bonne partie s’évapore ou ruisselle avant d’atteindre les racines.

Voici les douze gestes qui réduisent vraiment la consommation, classés par coût. Les premiers sont gratuits et se mettent en place dès ce soir.

Les 12 gestes en un coup d’œil

GesteCoûtMise en placeCe que ça change
Vérifier le besoin (doigt, pluviomètre)GratuitImmédiatSupprime les arrosages inutiles
Arroser le soir ou tôt le matinGratuitImmédiatPertes par évaporation environ divisées par deux le soir
Arroser au pied, copieusement et moins souventGratuitImmédiatRacines plus profondes, plantes plus autonomes
BinerGratuitUne heureL’eau pénètre au lieu de ruisseler
PaillerGratuit à faibleUne demi-journéeSol frais plus longtemps, moins d’évaporation
Enrichir le sol en matière organiqueFaibleUne saisonLe sol retient l’eau comme une éponge
Récupérer l’eau de pluieMoyenUn week-endRemplace une part de l’eau du réseau
Goutte-à-goutteMoyenUn week-endL’eau va aux racines, presque sans perte
Oyas enterréesFaible à moyenUne heureDiffusion lente, surface du sol sèche
Programmateur, compteur et chasse aux fuitesFaible à moyenUne heureFin des oublis et des arrosages trop longs
Laisser la pelouse entrer en dormanceGratuitImmédiatLe plus gros poste du jardin mis en pause
Planter sobre, et à l’automneVariableSur plusieurs saisonsUn jardin qui traverse l’été sans arrosage

Arroser moins souvent, mais mieux

Les trois premiers gestes ne coûtent rien. Ils changent pourtant davantage la consommation que n’importe quel équipement.

Vérifier le besoin avant d’ouvrir le robinet

Le test le plus fiable reste le doigt enfoncé de quelques centimètres dans la terre : si elle est encore fraîche en profondeur, attendez. Un pluviomètre, à quelques euros, complète ce test. Retenez la règle de conversion : 1 mm de pluie correspond à 1 litre d’eau par m². Une averse de 10 mm a donc apporté 10 litres par m², l’équivalent d’un bon arrosage. Toutes les plantes n’ont pas la même soif : une lavande installée ne réclame presque rien, un potager en pleine production beaucoup plus. Notre guide sur le besoin réel en eau de vos plantes détaille ces écarts.

Arroser le soir ou tôt le matin

Arroser en soirée ou la nuit divise à peu près par deux les pertes par évaporation, selon les repères de Terre Vivante. En plein soleil, une partie de l’eau s’évapore avant d’atteindre les racines. Le matin garde un avantage pour les plantes sensibles aux maladies : le feuillage sèche dans la journée.

Arroser au pied, copieusement et moins souvent

Un arrosage abondant tous les deux ou trois jours vaut mieux qu’un petit apport quotidien. L’eau qui descend en profondeur entraîne les racines avec elle, et la plante devient plus autonome. Un arrosage de surface entretient au contraire des racines juste sous la surface, là où la terre sèche le plus vite. Visez le pied, jamais le feuillage. Sur sol en pente ou tassé, creusez une petite cuvette autour du pied : l’eau reste là où elle doit aller au lieu de ruisseler. Seuls les semis et les jeunes plants demandent un arrosage plus fréquent, comme l’explique notre article pour arroser ses semis.

Garder l’eau dans le sol

Apporter de l’eau ne sert à rien si le sol la perd aussitôt. Trois gestes jouent directement sur sa capacité à la retenir.

Biner : « un binage vaut deux arrosages »

Le vieux dicton des jardiniers a une explication simple. En cassant la croûte qui se forme en surface après la pluie ou l’arrosage, le binage permet à l’eau de pénétrer en profondeur au lieu de ruisseler. Il limite aussi la remontée de l’humidité par capillarité vers la surface, où elle s’évapore. Il élimine enfin les jeunes herbes qui disputeraient l’eau à vos plantes.

Pailler, en épaisseur suffisante

Paille, tontes sèches, feuilles mortes, BRF ou écorces : une couverture posée au pied des plantes freine l’évaporation et garde la terre fraîche. L’erreur courante, c’est un paillage trop fin, qui ne protège presque rien. Terre Vivante recommande 5 à 7 cm pour une première couche et 8 à 10 cm au potager. Posez-le sur un sol déjà humide, au printemps, et arrosez ensuite au pied, sous le paillage. Le choix des matériaux est détaillé dans notre guide sur le paillage.

Enrichir le sol en matière organique

Un sol riche en humus retient l’eau puis la restitue lentement aux racines. Un apport régulier de compost ou de fumier bien décomposé améliore cette rétention d’une saison à l’autre, surtout sur sol sableux, qui laisse filer l’eau. Vous pouvez faire votre compost avec les déchets de cuisine et de jardin.

Le bon matériel, au bon endroit

Le goutte-à-goutte

Le goutte-à-goutte dépose l’eau lentement, au pied de chaque plante, sans arroser les allées ni le feuillage. C’est le système qui perd le moins d’eau : l’aspersion en laisse une part s’évaporer dans l’air ou tomber à côté. Il convient au potager, aux haies et aux massifs. Il ne convient pas à la pelouse. Pour le choisir et l’installer, voyez le principe de l’arrosage goutte-à-goutte.

Les oyas, le goutte-à-goutte sans tuyau

Une oya (ou olla) est une jarre en terre cuite poreuse, enterrée jusqu’au col et remplie d’eau. La terre cuite laisse l’eau diffuser lentement vers les racines voisines, selon l’humidité du sol. La surface reste sèche, ce qui limite aussi les mauvaises herbes. On compte environ une oya de 5 litres par m² de potager, à remplir tous les quelques jours selon la chaleur. C’est une solution simple pour un carré potager ou des pots, sans raccordement au robinet.

Programmateur, compteur et chasse aux fuites

Un programmateur évite l’arrosage oublié qui coule une heure de trop. Réglez-le selon la saison, et décalez-le après chaque pluie : un programme figé gaspille. Notre guide explique comment fonctionne et se règle un programmateur d’arrosage. Un petit compteur placé au robinet, comme l’aquamètre, montre enfin combien chaque arrosage consomme : on ne réduit bien que ce qu’on mesure. Le même compteur trahit les fuites. Un raccord qui goutte ou un tuyau fendu gaspillent de l’eau en continu : contrôlez-les en début de saison.

L’eau gratuite : la pluie et l’eau de lavage

Toute l’eau qui arrose le jardin n’a pas besoin de venir du réseau. Avec la règle de conversion vue plus haut, un toit de 80 m² qui reçoit une pluie de 10 mm envoie 800 litres dans la gouttière. Une cuve se remplit donc vite. L’eau de pluie convient bien à l’arrosage : elle n’est pas calcaire, et les plantes de terre de bruyère l’apprécient. L’arrêté du 21 août 2008 encadre son usage et autorise l’arrosage à l’extérieur, à partir d’eau collectée sur des toitures qui ne sont ni en amiante-ciment ni en plomb.

Pour aller plus loin, notre guide pour récupérer l’eau de pluie pour arroser couvre le raccordement et l’entretien de la cuve. Si la place manque, la citerne souple stocke de grands volumes à plat. Pour un vrai stockage d’été, une cuve de 300 litres ou plus change la donne par rapport au petit récupérateur de gouttière :

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Pensez aussi à l’eau de la cuisine. Le Centre d’information sur l’eau recommande de réutiliser l’eau qui a servi à laver les fruits et légumes pour arroser les plantes : une bassine dans l’évier suffit.

La pelouse, premier poste d’eau du jardin

C’est elle qui pèse le plus lourd dans le calcul du début de cet article. Trois leviers permettent de la faire boire moins.

Accepter qu’elle jaunisse en été

Un gazon bien installé qui jaunit en pleine chaleur n’est pas mort : il entre en dormance, un mécanisme de défense des graminées face à la sécheresse. Il cesse de pousser, ne demande plus de tonte, et reverdit avec les pluies d’automne. Cette option ne vaut que pour une pelouse installée depuis au moins deux ans, aux racines profondes. Un gazon semé dans l’année doit continuer à être arrosé, sous peine de le perdre. Si vous continuez à arroser, faites-le en profondeur et rarement : les repères pratiques sont dans notre article sur l’arrosage du gazon.

Tondre plus haut, réduire la surface

En été, une tonte haute laisse une herbe qui ombrage le sol et limite l’évaporation. À plus long terme, remplacer une partie du gazon par des vivaces, des couvre-sols ou un paillage minéral fait baisser durablement les besoins. Là où vous gardez une pelouse, un mélange rustique riche en fétuque tolère mieux la sécheresse qu’un gazon d’ornement.

Un jardin qui boit moins, dès la plantation

Le choix des plantes, et le moment où on les installe, déterminent la soif du jardin pour des années. Les espèces méditerranéennes (lavande, thym, romarin, sauge, santoline) et de nombreuses graminées se contentent de très peu d’eau une fois enracinées. Les vivaces, qui reviennent chaque année avec des racines déjà en place, demandent moins que les annuelles à replanter.

Plantez de préférence à l’automne : les pluies d’hiver installent les racines à votre place, et la plante aborde son premier été déjà enracinée. Au potager, évitez de lancer en plein été les cultures les plus gourmandes, et ombrez les rangs exposés lors des fortes chaleurs. Une haie brise-vent protège aussi le jardin : le vent dessèche le sol autant que le soleil.

Arroser sous un arrêté sécheresse

Quand la ressource baisse, le préfet prend un arrêté de restriction. Il existe quatre niveaux, de plus en plus stricts : vigilance, alerte, alerte renforcée et crise. Les mesures ne sont pas les mêmes partout. Deux communes classées au même niveau peuvent avoir des horaires différents, selon l’arrêté de leur département.

  • Vérifiez votre adresse sur VigiEau, le service officiel qui indique les restrictions en vigueur et ce qu’elles interdisent pour un particulier.
  • La pelouse et les massifs d’ornement sont les premiers visés : leur arrosage est souvent interdit en journée dès le niveau alerte, puis totalement aux niveaux supérieurs.
  • Le potager reste généralement autorisé plus longtemps, en dehors des heures chaudes, et souvent à l’arrosoir ou au goutte-à-goutte seulement.
  • L’eau de pluie récupérée est souvent traitée à part par les arrêtés. Vérifiez-le dans le texte de votre département avant de compter dessus.
  • L’infraction est une contravention de cinquième classe : jusqu’à 1 500 € d’amende pour un particulier.

Les gestes de cet article sont aussi ceux qui permettent de traverser une restriction sans perdre ses plantations. Un sol paillé, un goutte-à-goutte et une cuve pleine au début de l’été font toute la différence quand le tuyau doit rester enroulé.

Questions fréquentes

L'eau d'arrosage du jardin est-elle soumise à la redevance d'assainissement ?

Oui dans la plupart des cas, alors qu’elle ne rejoint jamais les égouts. L’article R2224-19-2 du Code général des collectivités territoriales prévoit que les volumes utilisés pour l’arrosage des jardins ne comptent pas dans la redevance, mais seulement s’ils proviennent d’un branchement spécifique. Un simple sous-compteur posé après le compteur principal ne suffit généralement pas : il faut un second branchement au réseau, dont le coût et l’abonnement ne se justifient que pour de gros volumes. Renseignez-vous auprès de votre service d’eau.

Quelle quantité d'eau de pluie peut-on récupérer sur son toit ?

Multipliez la surface de toit au sol en m² par la hauteur de pluie en mm : vous obtenez des litres. Un toit de 80 m² sous une pluie de 10 mm donne 800 litres. Sur une année, avec 700 mm de pluie, le même toit reçoit environ 56 000 litres, mais une partie se perd par débordement de la cuve et évaporation. En pratique, le facteur limitant est la taille de la cuve, pas la pluie : en été, les averses sont rares et c’est le stock accumulé au printemps qui arrose le jardin.

Faut-il arroser le jardin le jour où il a plu ?

Rarement. Regardez le pluviomètre : 1 mm de pluie correspond à 1 litre par m². Une averse de 2 ou 3 mm mouille à peine la surface et s’évapore vite ; elle ne remplace pas un arrosage. Une pluie de 10 mm ou plus équivaut en revanche à un bon arrosage, et vous pouvez sauter le suivant. Le test du doigt reste le meilleur arbitre : si la terre est fraîche à quelques centimètres de profondeur, attendez. Pensez aussi à décaler votre programmateur après chaque pluie.

Pour aller plus loin

Le texte de l’article R2224-19-2 du Code général des collectivités territoriales fixe la règle sur l’eau d’arrosage et la redevance d’assainissement. Pour des cas concrets d’arrosage ciblé, voyez comment arroser une plante grimpante sur une clôture, là où le sol sèche le plus vite, ou comment arroser un bananier sans gaspiller.

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